Anasazis

Les Anasazis sont des Amérindiens du Grand Sud-Ouest de l'Amérique du Nord. Ils étaient répartis en plusieurs groupes dans les États actuels du Colorado, de l'Utah, de l'Arizona et du Nouveau-Mexique.


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Peuple amérindien d'Amérique du Nord

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  • ... Les Anasazis étaient des Indiens d'Amérique qui habitaient le Sud-Ouest des États-Unis actuels entre le VIIIe et le XIIIe siècle de notre... (source : )
  • ... Le parc national de Mesa Verde, dans le Colorado, aux Etats-Unis, a abrité pendant des siècles les Indiens Anasazi.... (source : dinosoria)
Cliff Palace, vestiges d'un site anasazi dans le parc national de Mesa Verde.

Les Anasazis sont des Amérindiens du Grand Sud-Ouest de l'Amérique du Nord. Ils étaient répartis en plusieurs groupes dans les États actuels du Colorado, de l'Utah, de l'Arizona et du Nouveau-Mexique. Leur civilisation est remarquable pour plusieurs raisons. Elle a laissé de nombreux vestiges monumentaux et culturels sur plusieurs sites, dont deux sont classés sur la liste du patrimoine mondial établie par l'UNESCO. Par la suite, les vestiges retrouvés par les archéologues témoignent d'une maîtrise des techniques de la céramique, du tissage et de l'irrigation. Enfin, les Anasazis savaient observer le soleil et dessinaient des symboles restés mystérieux dans le désert[1]. Actuellement, les descendants des Anasazis, les Zuñis et les Hopis de l'Arizona et du Nouveau-Mexique perpétuent leur culture.

Présentation

Le mot «anasazi»

On ignore, faute de textes anciens, par quel nom les Anasazis se désignaient eux-mêmes. Cette civilisation ayant disparu avant l'arrivée des Européens en Amérique, on utilise depuis les années 1950 le mot «Anasazi», signifiant «les anciens[2]» ou «anciens ennemis» en langue Navajo pour désigner l'ensemble des cultures vivant dans les Pueblos. Lorsque le mot «Anasazi» a été découvert par Richard Wetherill [3], la signification «ancien ennemi» n'était apparemment pas connue.

Quant aux Pueblos historiques, leur nom vient du mot espagnol «village», car les conquistadores avaient été frappés par l'architecture de leurs communautés. Les Américains utilisent actuellement de plus en plus l'expression Ancient Pueblos[4].

Les Indiens Hopis utilisent le mot «Hisatsinom» signifiant simplement «anciens habitants» dans leur propre langue[3], plutôt que celui d'Anasazi, jugé trop péjoratif pour désigner leurs propres ancêtres. Enfin, il ne faut pas confondre la culture «anasazi» et les cultures identiques qui ont évolué dans la même région : les Hohokams, les Mogollons et les Patayans, des peuplades ayant disparu avant le XVIe siècle.

Sources

On dispose de plusieurs types de sources pour reconstituer la civilisation des Anasazis :

Chronologie

La région des cultures anasazi, hohokam et mogollon

Contexte général

D'après les dernières théories formulées par les chercheurs, le peuplement du continent américain remonte à au moins 20 000 années. Les Paléoindiens se sont sédentarisés dans le Sud-Ouest de l'Amérique du Nord il y a à peu près 12 000 ans. Les préhistoriens ont exhumé les outils lithiques de cette population sur le célèbre site de Clovis. Elle chassait de grands animaux qui se sont éteints rapidement (mammouths…). Après la dernière glaciation (glaciation du Wisconsin), le climat est devenu plus chaud et sec. En Amérique centrale, les Olmèques pratiquaient la culture du maïs dès le IIe millénaire av. J. -C. Ils ont été ensuite supplantés par la civilisation de Teotihuacán tandis que se succédaient, dans le reste du Mexique, les Zapotèques (Oaxaca) et enfin les Aztèques, contemporains de l'apogée de la culture anasazie. Avec l'arrivée des conquistadores espagnols au XVIe siècle, les cultures amérindiennes ont connu des mutations radicales. Les grands empires se sont éteints, tandis que les Indiens pueblos avaient déjà remplacé les Anasazis.

Périodisation de la culture anasazie

L'histoire de ce peuple reste énigmatique, faute de témoignages écrits. Les travaux des archéologues permettent néanmoins d'entrevoir plusieurs phases chronologiques, dont les dates sont approximatives : la région du sud-ouest des États-Unis a en premier lieu été occupée par les peuples de la tradition Sohara (v.  5500 av. J. -C. – v.  400 ap. J. -C. ). Les Anasazis succédèrent au VIIIe siècle ap. J. -C. aux Basketmakers, les «vanniers[3]», implantés dans ces territoires montagneux et semi-arides, quelque temps avant l'ère chrétienne. La sédentarisation progressive de ces chasseurs-cueilleurs, liée au développement de l'agriculture, aboutit à l'émergence d'une nouvelle culture dite de Pueblo, en référence aux villages constitués de maisons en briques de terre que les Anasazis du Mesa Verde construisirent à l'abri des falaises des grands canyons, dans une région accidentée et verdoyante localisée au cœur du désert du Colorado. Les débuts (période Pueblo I, de 700 à 900) sont caractérisés par la construction de petites maisons isolées («maisons-puits[3]»), et par la naissance de la culture du coton irriguée. Si la période Pueblo II (de 900 à 1100) marque un apogée qui se manifesta par un enrichissement des parures, Pueblo III (de 1100 à 1300) rencontra un refoulement des divers Anasazis dans l'unique Mesa Verde, et le retour à un habitat troglodytique rudimentaire.

À partir de 1300, les Anasazis se réfugièrent dans la vallée du Río Grande et au centre de l'Arizona[3]. On finit par perdre leur trace avant l'arrivée des Européens. Les causes de cet exode restent mystérieuses : un changement climatique a-t-il touché les récoltes ? L'environnement s'est-il soudainement dégradé (déforestation, manque de terres cultivables)  ? La pression démographique est-elle devenue trop forte (surpopulation)  ? Des problèmes d'ordre politique sont-ils apparus ? Des guerres ont-elles ruiné la région ? En l'absence de documents écrits et en l'état des connaissances actuelles, il est complexe de répondre à ces questions.

La dendrochronologie montre qu'il y eut une sécheresse à la fin du XIIIe siècle, mais il y en eut d'autres avant cette époque[4]. Les études ont mis en évidence une période particulièrement humide dans la région entre 1300 et 1340[6]. À Kayenta, la population s'exile uniquement 15 ans après le début de la Grande Sécheresse[6]. Les archéologues ont démontré que, malgré la sécheresse, plusieurs cours d'eau ont continué à couler et que certaines communautés auraient pu rester si elles l'avaient voulu[4]. D'autres spécialistes ont montré que le climat a pu se refroidir[6], [3]. Sur le site de Sand Canyon Pueblo, dans le Colorado, les habitants ont connu une phase de retour à la chasse ainsi qu'à la cueillette, du fait des mauvaises récoltes ; ils ont aussi fortifié leur village et furent attaqués[6].

Les Anasazis à leur apogée (1000-1300 ap. J. -C. )

Situation et environnement naturel

Les archéologues ont retrouvé des vestiges de cette culture dans quatre états américains : l'Arizona, l'Utah, le Nouveau-Mexique et le Colorado. Comme ces états se touchent par un coin, on sert à désigner cette région sous le nom anglais de Four Corners (région des «Quatre Coins»). Si les paysages de ces contrées sont grandioses, les conditions naturelles y rendent la vie complexe : l'aridité marque la majorité des espaces, qui prennent un aspect désertique (désert de Sonora) ou semi désertique. Les deux plus grands fleuves coulent du nord vers le sud et sont le Río Grande, se jetant dans le golfe du Mexique, et le Colorado qui se jette dans le golfe de Californie. Les arroyos sont des cours d'eau temporaires qui se remplissent au moindre orage. Cependant, les Anasazis savaient utiliser les ressources naturelles et respecter l'équilibre de l'environnement. Ils cueillaient par exemple les feuilles du yucca pour les tresser. Ils maîtrisaient les techniques agricoles, l'irrigation, et se sont adaptés aux contraintes du milieu. Les produits qu'ils ne trouvaient pas sur place étaient importés d'autres régions.

L'altitude est une autre contrainte : les hivers sont froids et la neige peut recouvrir le sol. L'écart des températures entre l'hiver et l'été est important. À l'est , les Montagnes Rocheuses culminent à plus de quatre mille mètres au-dessus du niveau de la mer. L'aire occupée par les anasazis couvre sur de hauts plateaux (plateau du Colorado), parcourus par des fleuves coulant dans des vallées encaissées. Les habitants se sont en particulier installés sur les mesa, terme espagnol signifiant «table», des plateaux rocheux balayés par les vents. La géologie de la région est assez complexe, mais offre toutes sortes de matériaux du grès aux roches d'origine volcanique. La flore et la faune dépendent de la nature du sol, des précipitations et de l'altitude.

Les cultures voisines

Voir les articles détaillés pour chaque culture.

Les Anasazis étaient en contact avec d'autres cultures amérindiennes proches (voir la carte)  : les Hohokams et les Mogollons sont les plus connus. Ils partageaient de nombreux traits communs avec les Anasazis, au point que certains historiens les regroupent dans une même catégorie : agriculture irriguée, chasse, villages en adobe, en briques ou en pierre, poterie décorée, relations commerciales avec la Méso-Amérique. Mais on sait que les Hohokams incinéraient leurs morts et que les Mogollons pratiquaient davantage la chasse que l'agriculture.

Des villages actuellement abandonnés

Ruines anasazies, Canyon de Chelly, dans l'Arizona

L'archéologie nous révèle une grande variété de maisons et de villages anasazis. Les plus anciennes habitations étaient bien modestes : il s'agissait de petites maisons primitives, chacune assez grande pour loger une famille. Elles étaient aménagées dans des fondations peu profondes (maisons-puits[5]). Leur toit était constitué de terre et de branchages. Le foyer se trouvait au centre. Ces habitations primitives se sont regroupées à la faveur de la croissance démographique pour former des hameaux. Cette croissance des villages manifeste une organisation collective plus ou moins consciente de l'espace. À partir du Xe siècle, ces villages pouvaient abriter plusieurs centaines d'habitants. Ils s'implantent sur des sites de plateau (Chaco Canyon 950-1100) ou des abris naturels (falaises de Mesa Verde 1100-1300).

Les Anasazis savaient choisir des sites naturels exceptionnels pour s'installer : plusieurs villages ont été ainsi fabriqués à l'abri d'imposantes falaises, au XIIIe siècle. Creusées dans les parois de gigantesques canyons, les habitations troglodytiques attirent toujours la curiosité des touristes. Ce type d'habitat présentait l'avantage d'offrir une protection contre la pluie ou la neige. L'orientation des villages préservait la communauté du froid en hiver et de la canicule en été. Qui plus est , de tels sites formaient un rempart naturel contre d'éventuelles attaques. Par contre, les champs étaient plus éloignés des habitations et moins accessibles pour leurs occupants.

Les matériaux utilisés pour les habitations. Wupatki National Monument, Arizona

Leurs murs étaient faits d'une sorte de torchis (appelé jacal au Mexique) appliqué sur un treillage. Les constructions les mieux conservées actuellement comportaient une structure de pierres sèches, solidarisées par du mortier, et des briques cuites étaient quelquefois utilisées. Dans différents villages, certaines maisons ont gardé des traces de peintures décoratives[7], sur des revêtements en plâtre, en argile ou en adobe.

Le toit était un couvert de couches d'argile et de branchages maintenus sur des rondins de bois. Les maisons ne comptaient qu'un seul niveau au début, mais pouvaient s'agrandir vers le haut, en y ajoutant un ou deux étages supplémentaires. Plusieurs pièces rectangulaires étaient réservées à l'entreposage de la nourriture au rez-de-chaussée. La vie quotidienne se déroulait en particulier sur les terrasses de ces habitations : espace de travail pour la préparation du maïs, et le tissage, et espace de socialisation.

Dans les villages, les archéologues se sont énormément intéressés aux places (plaza) ainsi qu'aux kivas : ces pièces étaient dévolues au travail ou au repos dans les premiers temps. Les grandes kivas semblent avoir servi par après de lieu de cérémonies religieuses pour la communauté. (Voir le paragraphe sur les croyances).

Alimentation et cuisine

Mouflons : les Anasazis chassaient quelquefois ces animaux dans les zones montagneuses

Agriculteurs sédentaires, les Anasazis cultivaient les champs proches de leurs habitations. Ils récoltaient le maïs, base de leur alimentation, les haricots, les courges, les calebasses et le tabac. Ces plantes étaient originaires de la Mésoamérique et occupent une place principale dans les civilisations précolombiennes. Les champs s'étendaient sur les espaces plats (mesas, plaines…) jusqu'à 2 100 mètres d'altitude. Plus haut, les conditions climatiques rendaient la culture trop complexe. Leurs instruments aratoires étaient faits de pierre et de bois (houe, pelle, bâton à fouir…)  : les Anasazis ne maîtrisaient pas les techniques de la métallurgie.

En revanche, ce peuple a progressivement adopté les techniques d'irrigation du Mexique : en puisant l'eau des fleuves (Rio Grande), et en constituant des réserves d'eau de pluie. La construction de petits barrages, de canaux et de réservoirs nécessitait une certaine organisation de la communauté.

Une partie du grain était entreposée en prévision des mauvaises récoltes. Certaines cérémonies religieuses devaient appeler la protection des esprits sur les récoltes. Le maïs et les courges étaient séchés et conservés. Les pommes de pin étaient détachées avec perches avant d'être chauffées pour en libérer les pignons. Ces derniers étaient consommés directement, ou écrasés et préparés en galettes. Les graines de tournesol devaient être écossées et entreposées dans des jarres. Les céréales étaient gardées dans des récipients fermés, pour les protéger des rongeurs et des insectes.

Au VIe siècle apparut un style de poteries décorées de figures (lignes, points) reprenant probablement des décors simples de vannerie. Plus tard, le style devint plus complexe : des représentations d'animaux ou d'êtres humains furent dessinées. Les couleurs utilisées étaient différentes selon les régions : noir et blanc dans le Colorado, noir et rouge dans le nord de l'Arizona, rouge et chamois dans l'Utah. La poterie était fréquemment richement décorée de motifs incrustés, avant cuisson, au moyen de divers objets (épis de céréales, tige d'yucca ou coquillages).

Bol en céramique peinte, XIe-XIIIe siècles, Chaco Canyon

Même s'ils avaient renoncé au mode de vie nomade depuis des siècles, les Amérindiens du Sud-Ouest américain n'ont jamais totalement abandonné la chasse et la cueillette pratiquée par leurs ancêtres. Pignons, baies, fruits sauvages (figues de barbarie) formaient une nourriture d'appoint. Ils trouvaient du gibier sur les plateaux (bisons, cervidés, antilopes) et dans les montagnes (cervidés, wapitis, mouflons). Les animaux plus petits (lapins, écureuils, oiseaux…) étaient capturés au moyen de pièges et de filets en yucca et formaient la principale source de viande.

Les animaux plus grands étaient débités sur le lieu de chasse. La viande était accommodée en ragoûts ou bien hachée. On appréciait aussi la mœlle des os et on gardait la peau et les tendons pour d'autres usages. L'élevage des dindes fournissait des plumes et leur viande était une source de protéines[6]. Comme les chiens, elles servaient aussi d'animal de compagnie.

Pour préparer le repas, on allumait un feu en frottant un bâton sur une plaque de bois. Le foyer était ensuite entretenu dans un trou creusé à même sol. Pour cuisiner, on se servait d'ustensiles en terre cuite, en bois ou en os. Pour faire bouillir de l'eau, on ne pouvait pas allumer un feu sous une poterie : cela l'aurait détruite. On déposait par conséquent des pierres brûlantes au fond du récipient afin qu'elles chauffent le liquide.

Pour finir, on peut noter que des traces de cannibalisme ont été retrouvées sur d'anciens sites anasazi comme celui de Cowboy Wash (IXe et Xe siècles) [8]. Dans les années 1990, les archéologues Christy et Jacqueline Turner ont découvert des traces d'anthropophagie peut-être rituelle sur le site de Chaco Canyon[3].

Croyances

Pétroglyphes, Newspaper Rock, Utah

Les Anasazis ont laissé de nombreux pétroglyphes dans le désert américain, sur des falaises en grès. Il s'agit de dessins plus ou moins stylisés, gravés par endroits sur la paroi des canyons. Certains de ces graffitis étaient peints directement sur la roche. Ils peuvent être isolés ou couvrir plusieurs mètres carrés. Les archéologues ne peuvent faire que des suppositions quant à leur signification :

Plusieurs sites de pétroglyphes sont en relation avec les solstices d'été et d'hiver. Ceux de Hovenweep National Monument ou de la butte Fajada (le poignard du soleil) indiquent clairement ce moment de l'année[3]. Les alignements de bâtiments du site archéologique de Chimney Rock prouvent que les Anasazis comprenaient et savaient prévoir le cycle draconitique de la lune, qui dure 18, 6 ans[3].

Les historiens ignorent s'il existait un clergé structuré. On sait que certains personnages recherchaient dans certains cas à provoquer des visions en consommant des plantes hallucinogènes. Des graines de datura ont été retrouvées à Mesa Verde : cette plante toxique provoque des hallucinations. Les cérémonies se pratiquaient sur des autels, dont on a conservé quelques exemplaires en bois peint[9]. Les fouilles ont aussi collecté des bâtons de prière en bois qui étaient offerts aux «esprits». Le Chaco Canyon semble pour certains historiens, avoir été un grand centre de pèlerinage pour les populations des alentours[10].

Kiva anasazie, Bandelier National Park, Nouveau-Mexique

Les anciens Anasazis rendaient un culte au dieu Kokopelli ainsi qu'aux kachinas, des esprits invisibles. Il existait des cérémonies collectives conçues pour invoquer les esprits afin qu'ils protègent la communauté. Elles étaient organisées dans les kivas. La religion des Anasazis se rapprochait de l'animisme : on a retrouvé les ossements d'un perroquet ara enterré de façon rituelle à Salmon Ruin, dans le Nouveau-Mexique[11].

Les kivas étaient des chambres rituelles circulaires creusées dans le sol et recouvertes d'un toit : édifice en partie souterrain, on y descendait par une petite échelle pour pratiquer le culte ou réunir le conseil du village. Un foyer était aménagé au centre et la fumée s'échappait par un conduit de ventilation, pourvu d'un déflecteur. Les plus grandes pouvaient accueillir plusieurs centaines de personnes qui pouvaient s'asseoir sur des banquettes en pierre. Les grandes kivas de Chaco Canyon avaient un diamètre de dix-huit mètres, et étaient subdivisées selon des points cardinaux. Des fêtes religieuses liées aux cycles agricoles devaient être célébrées dans ces kivas, exclusivement par les hommes.

Organisation sociale

La société devait certainement ressembler à celle des Pueblos actuels. La société des Anasazis s'organise selon un dispositif matrilocal (le couple s'installe sur le lieu de résidence de la mère de l'épouse) et matrilinéaire. Ce sont les femmes qui possèdent le patrimoine familial, maison et champs. Le mari doit intégrer le clan de sa femme. La femme peut divorcer. Les archéologues ne sont pas certains que les Anasazis vivaient en clans. Ils penchent plutôt pour une organisation égalitaire[12], sans groupes sociaux hiérarchisés.

Artisanat et commerce

Turquoises retrouvées sur le site anasazi de Chaco Canyon
Le yucca était utilisé dans l'artisanat

Les hommes tissaient le coton pour en faire des couvertures et des chemises. Ils utilisaient d'autres fibres végétales (yucca) ou des matières d'origine animale (peaux, fourrures) pour leurs vêtements. Ils portaient des sandales et des mocassins, et certainement des chaussures adaptées à la neige pour l'hiver. Le tissage et le tannage étaient des activités masculines[3].

Les bijoux étaient courants : colliers, boucles d'oreilles, bracelets, broches, peignes étaient faits en bois, en os, en corail, en jais et en pierres diverses. La turquoise donnait lieu à un commerce fleurissant et les Amérindiens leur prêtaient des vertus magiques ; les moins belles étaient utilisées comme monnaie[13]. On a même retrouvé des instruments de musique (flûte en os…).

Les Anasazis faisaient venir des coquillages de Californie, des perles de cuivre du Mexique[3], du coton, de la fibrolite, des perroquets (aras) du Mexique… Les marchands empruntaient des sentiers qui formaient un réseau assez vaste : 800 km de routes et sentiers ont été mis au jour par les archéologues[3]. Mais il n'y avait pas de véritables routes aménagées pour le commerce, contrairement aux voies de l'empire inca. Qui plus est , les fleuves de la région n'étaient pas navigables et les Anasazis n'avaient pas d'animaux de trait[3].

Pueblo Bonito, dans le Chaco Canyon, est attesté comme l'un des grands centres de commerce des Anasazis. La région était parcourue par un réseau de voies qui reliaient entre eux une centaine de villages[14]. On ne payait pas avec de l'argent mais en donnant quelque chose en échange : c'est le dispositif du troc.

Dans la vie quotidienne, les Anasazis se servaient de différents objets, qu'on peut voir actuellement dans les grands musées américains[15] :

Civilisation ou peuple préhistorique ?

Chaco Canyon

Pour Jerry J. Brody, la culture anasazie est «mieux connue des cultures préhistoriques du Sud-Ouest américain»[16]. Il est vrai que les Anasazis n'avaient pas d'écriture et ne connaissaient ni la roue, ni la monnaie. Ils ne maîtrisaient pas les techniques de la métallurgie et n'ont pas vraiment apporté d'innovation majeure. Leur histoire n'est pas aussi brillante que celle de Mésoamérique ou des Incas.

Pourtant, les conquistadors estimaient qu'un peuple qui tisse le coton était civilisé[17]. La maîtrise de l'irrigation, les maisons en pierres ainsi qu'à étages (Pueblo Bonito en compte cinq), les connaissances en astronomie témoignent d'une culture dynamique et riche. Si on mesure les civilisations à leur degré d'urbanisation, il est certain que les Anasazis en font partie. Certaines agglomérations auraient compté six mille habitants. Les villages du Chaco Canyon étaient si rapprochés qu'ils formaient une conurbation rassemblant 15 à 30 000 habitants[18]. Les Anasazis réussirent la prouesse de construire, dans des lieux difficilement accessibles, sans animaux de trait ni outils métalliques. Les grandes maisons de Chaco Canyon ont obligation des centaines de millions de blocs de grès et des centaines de milliers de poutres[19]. Les Anasazis n'ont pas fini de révéler leurs mystères et de contribuer à l'imaginaire collectif.

Sites archéologiques

Habitat troglodytique anasazi de Bandelier, Nouveau-Mexique

La région des Four Corners compte quelque 3 900 sites archéologiques parmi lesquels 600 sont troglodytiques[3].

Notes

Sandale en fibre d'yucca, XIIe siècle. Chaco Canyon
  1. Les Anasazis sont un peuple-clé de la série de science-fiction X-files.
  2. Wolfgzng Lindig, Die Kutlturen der Eskimos und Indianer Nordamerikas, Wiesbaden, 1972, p. 59
  3. Anne Bernet, «Les Anasazis : comment ont-ils disparu ?», dans Historia, no 120, juillet-août 2009, p.  60-63 (ISSN 0018-2281)  
  4. George Johnson, «Vanished : A Pueblo Mystery», dans The New York Times du 08-04-2008, [lire en ligne]
  5. À la découverte des civilisations disparues, page 410
  6. George Johnson, «Vanished : A Pueblo Mystery», dans The New York Times du 08-04-2008, [lire en ligne]
  7. À la découverte des civilisations disparues, page 413.
  8. Philippe Jacquin, Daniel Royot, Go West ! Histoire de l'Ouest américain d'hier à actuellement, Paris, Flammarion, 2002, page 25
  9. Jerry J. Brody, Les Anasazis…, page 29.
  10. Jerry J. Brody, Les Anasazis…, page 111.
  11. Jerry J. Brody, Les Anasazis…, page 121.
  12. Jerry J. Brody, Les Anasazis…, page 109.
  13. Philippe Jacquin, Daniel Royot, Go West ! Histoire de l'Ouest américain d'hier à actuellement, Paris, Flammarion, 2002, page 24
  14. Jerry J. Brody, Les Anasazis…, page 110.
  15. American Museum of Natural History (New York), Maxwell Museum of Anthropology (Albuquerque) …
  16. Jerry J. Brody, Les Anasazis…, page 15.
  17. Jerry J. Brody, Les Anasazis…, page 33
  18. Jerry J. Brody, Les Anasazis…, pages 106-107.
  19. Jerry J. Brody, Les Anasazis…, page 112.
  20. À la découverte des civilisations disparues, p. 413

Voir aussi

  • Les Anasazi sont un peuple-clé de la mythologie X-files,
  • Anasazisaurus, un dinosaure, doit son nom au peuple anasazi,

Liens externes


Bibliographie sommaire

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En français

En anglais

Œuvres de fiction

Recherche sur Amazone (livres) :



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