Céramique sigillée

La céramique sigillée est une céramique fine destinée au service à table caractéristique de l'Antiquité romaine. Elle se définit par un vernis rouge grésé cuit en atmosphère oxydante, plus ou moins clair et par des décors en relief, moulés, imprimés ou rapportés.


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Artéfact archéologique - Récipient - Vie sous la Rome antique - Céramique

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  • Le terme de céramique sigillée, découvert à la fin du 19e siècle, dérive du mot latin sigillum qui sert à désigner les poinçons (décoratifs ou inscrits) qui... (source : )
  • À la différence de ces deux productions plus anciennes, la céramique sigillée est le plus fréquemment rouge-orangé, grâce à sa cuisson en atmosphère complètement... (source : histoiredesarts.culture)

La céramique sigillée est une céramique fine destinée au service à table caractéristique de l'Antiquité romaine. Elle se définit par un vernis rouge grésé cuit en atmosphère oxydante, plus ou moins clair et par des décors en relief, moulés, imprimés ou rapportés. Certaines pièces portent des estampilles d'où elle tire son nom, sigillée venant de sigillum, le sceau. Ce type de poterie rencontra un très grand succès dans le monde méditerranéen à partir du règne d'Auguste. Plusieurs grands centres de production sont connus et il est envisageable d'en retracer l'histoire, surtout celle de leur déplacement vers les provinces romaines en liaison avec le déplacement des zones de diffusion de cette céramique. Aisément identifiables et datables, les tessons de céramique sigillée forment un important fossile directeur dans les fouilles archéologiques et sont de précieux indices pour dater des stratigraphies.

Céramique sigillée rouge (photographiée dans une vitrine de l'Archäologisches Landesmusuem Konstanz)

De l'Italie aux provinces : histoire de la diffusion de la céramique sigillée

Origine

La céramique à vernis rouge, recouverte d'un engobe grésé cuite en atmosphère oxydante (eastern sigillata A) est particulièrement en vogue dès le IIe siècle avant J. -C. dans le proche-orient hellénistique, de même que les décors en relief moulés ou à la barbotine (bols hellénistiques à relief). Ce sont sans doute les nombreux commerçants italiens et les légionnaires romains présents dans cette région qui introduisent la mode en Italie.

Les potiers d'Arezzo

C'est en Italie que la production de sigillée elle-même apparaît au Ier siècle avant J. -C. . Le centre de production le plus importante se trouve à Arezzo (Aretium) en Étrurie. Cette production céramique se situe dans la continuité des précédentes céramiques italiennes du point de vue de son succès et de sa diffusion. À partir du IIe siècle av. J. -C. , en effet, les productions céramiques italiennes et romaines connaissent un succès commercial sans précédent et une diffusion jusqu'alors inégalée en occident. Ces céramiques à vernis noir dites campanienne (Campanienne A, B ou C) sont des marqueurs de romanisation et témoignent du dynamisme économique de Rome et de l'Italie, mais aussi de la rationalisation des techniques de production, à partir surtout du travail servile. Des quantités énormes sont produites et diffusées sur une échelle particulièrement vaste.

La céramique arétine introduit cependant des ruptures importantes. Rupture formelle dans un premier temps : après des siècles de prédominance de la céramique à vernis noir, la mode de la céramique à vernis rouge s'impose. Rupture aussi dans les techniques de production qui nécessitent la mise au point de techniques nouvelles de décoration et de cuisson. De -50 à -30 on assiste à la mise en place de cette production, par tâtonnements à partir de la Campanienne B produite en Étrurie. Une fois mise au point la nouvelle céramique connaît un succès fulgurant et supplante particulièrement rapidement les productions de campanienne. L'époque d'Auguste forme l'apogée de la production qui connaît un quasi monopole dans le commerce de la céramique fine dans l'occident romain, et prend même une place importante dans la partie orientale de la Méditerranée. Cette céramique connaît aussi une diffusion forte vers le Nord dans les régions gauloises.

Les ateliers d'Arezzo étaient situés en milieu urbain et particulièrement concentrés, ce qui devait former un paysage urbain pré-industriel peu courant dans le monde avant le XVIIIe siècle. La main-d'œuvre mobilisée était particulièrement nombreuse : on connaît 2600 signatures de potiers à peu près, énormément de vases d'autre part ne sont pas signés et les signatures peuvent nommer un responsable de fabrication derrière lequel il faut imaginer des ouvriers nombreux. La réalisation des vases décorés en relief demandait une qualification et un savoir faire remarquable. Main-d'œuvre nombreuse, quelquefois particulièrement qualifiée, cuisson délicate des céramiques dans des fours importants (fours à tubulure), standardisation des productions (décors reproduits par impression de poinçons)  : la production de sigillée d'Arezzo atteste d'un dynamisme économique remarquable, signe probablement d'une grande rentabilité des productions.

À partir des années 50 de notre ère la production d'Arezzo cède la place à des productions provinciales plus dynamiques, qui ont repris les techniques et les formes de l'arétine. La découverte d'un lot de céramique de la Graufesenque à Pompéi en 79[1], enseveli par l'éruption, témoigne pleinement du passage de la production de l'Italie vers les provinces, et par conséquent de l'inversion d'un flux commercial aisément décelable par les archéologues.

Les ateliers gaulois

L'étude des céramiques sigillée en Gaule fut assez précoce. Dès le XVIIIe siècle les décors des sigillées sont utilisés pour illustrer des ouvrages sur la Gaule. À partir du XIXème siècle les savants se montrent plus attentif à la céramique en elle-même. Des classements et des typologies sont progressivement élaborés pour préciser l'origine et la date des diverses sigillées. La présence de noms sur les vases, marques épigraphiques, facilita ce travail de classification qui fut étendu ensuite des marques épigraphiques au décor lui-même. Joseph Déchelette proposa en 1904[2] la première grande étude analytique des styles décoratifs. Par la suite de nombreux répertoires et corpus furent constitués qui ne se limitaient plus aux styles identifiés par des marques épigraphes mais caractérisaient aussi des styles anonymes[3].

L'introduction de la production en Gaule

La conquête romaine de César, puis l'organisation augustéenne des provinces a déplacé le centre de gravité de l'occident romain vers le nord. La présence, au tournant de notre ère, de très nombreuses légions au nord de la Gaule sur le Rhin a entraîné l'émergence rapide d'un important marché pour des biens de consommation romains dans ces régions. À cette installation de consommateurs romains puis romanisés a répondu un déplacement ou un renforcement des axes commerciaux le long de l'axe Rhône-Saône, puis vers le Rhin. Les producteurs de sigillée n'ont pas tardé à ouvrir des filiales de leurs officines dans des régions plus proches de ces nouvelles régions de consommation. Le déplacement d'origine de potiers italiens a rapidement entraîné une très importante production par des potiers gaulois. Ces nouveaux centres de productions qui ont en premier lieu produit des imitations de céramique arétine ont ensuite développé leur propre répertoire de forme et de décoration. Tous n'ont pas eu non plus la même zone de diffusion.

La production de Lyon n'égala pas le volume et la diffusion des ateliers de Gaule du sud et de Gaule centrale, elle fut cependant l'une des premières en Gaule, et fut implantée directement depuis Arezzo vers -15. On a en effet retrouvé à Lyon des matrices qui ont été fabriquées à Arezzo : la production lyonnaise était par conséquent une succursale de la production de potiers d'Arezzo dont Atticus, qui avait aussi des succursales à Pise ainsi qu'à Ostie. L'atelier de Lyon, installé à partir d'un transfert d'esclaves depuis l'Italie, illustre par conséquent concrètement le mécanisme d'origine de déplacement de la production de l'Italie vers la Gaule.

Les ateliers de la Gaule du Sud

L'aire de diffusion de la production de Montans couvre principalement la façade atlantique de la Gaule de l'Ouest , à partir de l'axe Aude-Garonne, l'actuel Pays basque espagnol et la Bretagne romaine (actuelle Grande-Bretagne). Produisant au départ des copies de produits italiques, Montans est ensuite particulièrement dépendant de la production de la Graufesenque. Les productions du deuxième siècle sont de qualité médiocre.

L'aire de diffusion de la production de Banassac suit l'axe Rhône-Rhin se diffusant dans toute la Gaule centrale et la Gaule Belgique mais aussi le long l'axe ligérien. À partir de cette vaste zone, les céramiques de Banassac se sont aussi répandues le long du Danube et ont été retrouvées dans la Germanie indépendante. Leur diffusion a aussi touché l'Italie du Nord et la Campanie, la Maurétanie Tingitane et la Syrie. L'apogée de l'atelier se situe vers 120-140.

Productions de La Graufesenque

Il s'agit d'un des ateliers les plus célèbres et les mieux étudiés[réf.  nécessaire]. Il se situe en France dans l'Aveyron près de Millau. La diffusion de sa production fut exceptionnellement étendue et se retrouve dans tout l'occident romain, mais également dans la Germanie libre ainsi qu'en Grèce, en Syrie, en Égypte et sur les côtes de la mer Noire. La Graufesenque fut le centre de production principal du premier siècle. Des aménagements énormes permettaient une production en quantités énormes : on a ainsi retrouvé une structure de plus d'onze mètres de long, longtemps identifiée à un four qui fut en service de 80 à 120 à peu près. Des graffitis retrouvés sur des tessons de poteries nous permettent de connaître légèrement mieux l'organisation de la production à La Graufesenque. Ces comptes de potier donnent des listes correspondant aux fournées avec le nom des potiers, les types de vases et leur nombre, dans une langue mélangeant le gaulois et le latin. L'un de ces comptes totalise 25 385 vases et un autre 33 845, totaux qui témoignent de l'ampleur de l'activité déployée sur ce site, et correspondraient à la contenance d'un four qui aurait cinq mètres de diamètre. Dès l'époque augustéenne le site accueille des ateliers de potiers qui s'inspirent des productions italiques. Ces ateliers de présigillées n'utilisent cependant pas la cuisson dans des fours à tubulures (cuisson en mode C). Leur production n'a qu'une diffusion régionale et est connue principalement par la fouille du dépotoir dit du «cendrier»[4]. La production de sigillée véritables sur le site forme une rupture technique avec ces productions de présigillées. Elle débuta vers 20 et connu rapidement une très grande diffusion. Assez rapidement des formes nouvelles furent créées et le site bénéficia de la belle couleur rouge vif de ses productions. Les années 40 représentent la période de qualité maximale. Les cadences et la production s'accélérèrent vers 60-80, mais la qualité s'en ressentit. La fin du premier siècle est marquée par la concurrence d'autres sites, et la montée en puissance de Lezoux sonne finalement le glas de la Graufesenque vers 120.

Lezoux et la Gaule centrale

L'important centre de production de Lezoux, localisé chez les Arvernes connaît son pic de développement légèrement plus tardivement que les précédents, après une histoire complexe. L'installation d'atelier de sigillée à Lezoux prend la suite de production de céramiques locales qui présentent une certaine standardisation dès la fin de l'époque de La Tène[5] sans cependant représenter une production particulièrement importante. A la fin de l'époque augustéenne et au début du règne de Tibère, Lezoux connaît «une période de courte gloire»[6]. La diffusion de la production de Lezoux dépasse alors le cadre local et régional et les estampilles sur vases attestent dès cette époque de plus de 150 noms de potiers. La production témoigne d'une volonté explicite d'imiter les ateliers italiens d'Arezzo et d'une importante maîtrise technique. Assez rapidement cependant la production de ces ateliers en sigillée régresse et les artisans de Lezoux se tournent vers d'autres types de production : la sigillée devient marginale dans leur production. Selon Anne Delo Ahü ce brutal développement et cette régression seraient à expliquer par le rôle tenus par les marchands (negotiatores) dans le développement de la production : après avoir soutenu Lezoux, les marchands l'auraient abandonné ne pouvant concurrencer depuis Lezoux les productions du sud de la Gaule, «en raison d'une qualité des pâtes insuffisante et d'une partie du répertoire d'inspiration typologique autochtone marquée»[7]. Par conséquent, si des ateliers de poterie sigillée sont bien attestés en Gaule centrale avant 90, leur production reste modeste et n'a pas de diffusion particulièrement importante ni particulièrement lointaine ni évidemment une influence sur les autres productions. La sigillée produite est alors particulièrement diverse, reflet de la production de petits artisans assez isolés s'inspirant des productions d'Arezzo, de Gaule du Sud, de l'atelier de Lyon ou d'une inspiration locale[8]. Ces petits ateliers ne semblent pas se succéder l'un à l'autre ni partager des motifs ou des poinçons et produisaient des bols décorés et des bols lisses.

Vers 90 et 100 d'importants changements ont lieu, suite à l'arrivée de potiers fortement influencés par les productions de Gaule du Sud, surtout de la Graufesenque. Cette influence se fait sentir à l'époque de Trajan sur les potiers des Martres-de-Veyre. À la même époque à peu près le potier Libertus apporte une dynamique nouvelle à Lezoux. Artiste sûr et technicien habile, Libertus témoigne d'influences classiques, peut-être en provenance de la méditerranée orientale. Son œuvre fit école : ensuite les sujets et les motifs se perpétuent sur des générations avec une continuité toujours décelable, bien que particulièrement affaiblie au IVe siècle. À partir du deuxième siècle les poteries de Lezoux ont une pâte calcaire : les techniques de production sont désormais idéalement assimilées, à cette époque la production de Lezoux devient aussi particulièrement importante en quantité. Le nombre des ateliers augmente, mais aussi leur taille et leur dispersion, la structure de la production se complexifie et on peut même observer des phénomènes de sous-traitance[9]. Dans la seconde moitié du deuxième siècle les potiers de Lezoux perdent le marché rhénan au profit des ateliers de Gaule de l'Est , mais continuent à vendre dans toute la Gaule et sur le Danube. La production cesse au quatrième siècle après que les caractéristiques de la sigillée se soit progressivement perdus[10].

Les autres officines de Gaule centrale sont : Toulon-sur-Allier ; Vichy ; Saint-Rémy-en-Rollat ; Lubié ; Terre-Franche.

Les ateliers de la Gaule de l'Est

Vase produit à Rheinzabern et exposé au British Museum (Londres)

La production sigillée apparaît dans l'est à une date assez haute sans pour tout autant être directement liée aux succursales italiques : elle n'imite pas les productions d'Arezzo ou de Pouzzoles, aussi touche-t-elle peu en premier lieu la clientèle des soldats romains des provinces frontières qui s'approvisionnent en Italie puis en Gaule méridionale et centrale. Aussi l'époque de grande production de ces ateliers est toujours plus tardive que celle des ateliers de Gaule centrale. Il est envisageable de distinguer plusieurs régions de production :

Ces ateliers n'eurent pas tous une même chronologie. Si au IIe siècle l'atelier de la Madeleine alimente le marché local, d'autres officines se montrent plus dynamiques. À partir des années 140-150, le site de Rheinzabern se développe, il fait partie des plus importants de la Gaule de l'Est . Il compte à peu près 300 potiers et substitue sur le Rhin et le Danube sa production à celle des régions de Gaule méridionale, en même temps qu'il est en concurrence avec la production de Trèves. Les ateliers d'Argonne voient leur production apparaître vers 120 sur la base d'imitation de la Gaule centrale avant de reprendre des formes plus rhénanes. Leur diffusion concerne en particulier le nord de la Gaule et la Belgique ; L'officine de Lavoye vend aussi en Bretagne et Germanie.

À partir de 120 les ateliers gaulois du centre puis de l'est développèrent une production céramique spécifique à la Gaule, la poterie à couverte métallescente. Ces vases possèdent une surface brillante, d'aspect métallique qui pouvait recevoir des décors variés, à l'instar de la sigillée. Cette production se développa fortement aux IIIe et IVe siècles, en un moment où la sigillée gauloise voyait sa production décroître en quantité et en qualité. Si les ateliers de Rheinzabern et de Trêves disparaissent dans les difficultés du IIIe siècle, ceux d'Argonne survivent et se développent après les invasions de ce siècle. Lavoye produit toujours, la décoration à la molette est particulièrement utilisée.

L'Espagne

Les provinces hispaniques ont aussi connue une production de céramique sigillée importante[11]. Les ateliers de sigillées de La Rioja (Tritium Magallum) ont connu une expansion importante à partir du règne de Vespasien. On y connaît la famille des Mamilii, propriétaires fonciers qui profitèrent de la production et du commerce de ces céramiques et intégrèrent l'élite locale de la cité[12]. Des centres de production sont aussi attestés à Grenade ainsi qu'à Andujar (Jaén) [13], [14]. L'Espagne a connu une production de sigillée tardive au IVe et Ve siècle.

L'Afrique

Article détaillé : sigillées claires africaines.
Exemples de céramique claires africaines

Les sigillées italiques et de la Gaule du Sud sont exportées vers l'Afrique romaine au Ier siècle. Une production locale se développe à partir du milieu de ce siècle à l'imitation de modèles italiens et gaulois. Cependant, dès l'époque des Flaviens, on considère généralement ces productions comme autonomes du point de vue stylistique et techniques comparé aux sigillées à vernis rouge classiques. Les sigillées claires africaines vont inonder les régions littorales de l'occident romain, surtout l'Italie, l'Espagne et le sud de la Gaule du IIe siècle au VIIIe siècle, chassant les sigillees classiques à partir des antonins.

L'Orient

La production de céramique en Asie Mineure s'inscrit au départ dans la continuité des productions hellénistique ainsi à Pergame jusque vers 50. Des ateliers restent actifs sur la longue durée dans cette région, ainsi à Smyrne et Tarse la production est continue jusqu'au IIIe siècle. La production «orientale» de sigillée s'est développée dès le Ier siècle avant J. -C. puis, remplaçant les importations italiques, est devenue particulièrement abondante aux IIe et IIIe siècles. Les centres exacts de production de ces céramiques «orientales» ne sont pas forcément bien identifiés et les localisations ont été discutées. Il y aurait au moins trois ou quatre grandes régions de productions. Samos serait la plus ancienne, dès le premier siècle avant notre ère, puis les régions d'Éphèse et de Tralles auraient développé leur production à partir du dernier quart du premier siècle après J. -C (sigillée ES B). La région de Pergame aurait exporté sa production, jusqu'au IIIe siècle, en direction de la mer Égée et de la mer Noire (sigillée ES C). Enfin une production est aussi attestée à Sagalassos de Pamphylie. Au tournant des IIe et IIIe siècles, les productions égéennes sont bien représentées dans les importations de céramiques de la ville de Rome, même si elles viennent loin derrière la production africaine.

Hors de l'Asie Mineure une production semble attestée aussi en Syrie (sigillée ES A). La localisation des ateliers est cependant particulièrement mal connue. La diffusion des sigillées orientales fut particulièrement lointaine, jusqu'en Inde.

La production

Conditions de localisation

La production de sigillée dépendait de facteurs naturels : la région de production devait combiner la proximité de bancs d'argile et de forêts pour le bois de chauffage indispensable à la cuisson. La proximité avec un axe commercial était aussi indispensable pour donner une diffusion lointaine à la céramique et de permettre une exploitation rentable.

La main-d'œuvre et l'organisation de la production

Outre la fouille archéologique des lieux de productions, plusieurs types de documents peuvent nous renseigner sur l'organisation de la production surtout les estampilles et les graffites indiquant le nom des potiers sur les produits. Le site de la Graufesenque a aussi livré de nombreux comptes de potiers établis à l'occasion de la cuisson des fournées[16]. A la suite de Karl Strobel on a pu aussi tenter d'expliquer l'organisation de la production à partir de ce que la documentation papyrologique nous apprend sur les ateliers de potiers d'époque romaine en Egypte.

Les décors

Les décors qui forment l'aspect le plus frappant des céramiques sigillées romaines pouvaient être obtenus de plusieurs façons.

Réalisation et cuisson des céramiques

Le «grand four» de la Graufesenque après son dégagement par les fouilles archéologiques (photographie prise en 1980). On voit au premier plan l'entrée du conduit de chauffe.

Les céramiques sigillées sont des céramiques dites «à pâte claire» qui nécessitent une cuisson en atmosphère oxydante dite cuisson «en mode C»[17]. Les poteries sont par conséquent isolées du foyer et des flammes. Leur cuisson nécessite l'usage de fours à tubulures dont le rendement thermique est inférieur à celui des fours à flamme nue. Cependant les températures de cuisson doivent être particulièrement élevées, ainsi à la Graufesenque les températures de cuisson pour les sigillées se situaient entre 1050 et 1100 °C[18]. La réalisation de céramiques sigillées suppose par conséquent un supplément de coût comparé aux productions ordinaires : la consommation de bois pour la cuisson pouvant être deux à trois fois supérieure à celle indispensable pour la céramique commune[19]. Les fours utilisés pour la cuisson des sigillées étaient quelquefois de taille énorme. La connaissance des techniques employées s'appuie principalement sur les fouilles archéologiques, l'une des plus connues étant la fouille du «grand four» du site de la Graufesenque réalisée en 1979[20]. Une reprise de la fouille en 2005 par D. Schaad a voulu montrer que les interprétations initiales étaient erronées : le four n'aurait pas été aussi grand qu'on l'avait pensé et était de formes circulaire avec des tubulures périphériques comme dans le cas d'autres fours connus à Montans mais aussi dans le centre et l'est de la Gaule[21]. Cependant les conclusions de D. Schaad ont été contestées et réfutées par Maurice Picon et Alain Vernhet[22].

Interprétation économique

La sigillée, un cas exemplaire des débats sur l'économie antique

La nature de l'économie antique a été l'objet d'un débat historiographique important à partir de la fin du XIXe siècle. Ce débat opposa les savants considérants que l'économie antique était proche de l'économie capitaliste moderne - appelés modernistes - des savants considérant qu'elle était bien différente car principalement tournée vers l'autoconsommation et incapable de créer des phénomènes de marché différent des autres structures sociales. Cette économie archaïque aurait été comme enchâssée dans le politique et le culturel et assez immuable. Pour cette raison les savants soutenant cette opinion furent appelés primitivistes, le plus renommé d'entre eux étant Moses Finley, tandis que la figure la plus connue des «modernistes» fut Michel Rostovtzeff. Le caractère péjoratif des appellations «modernistes» et «primitivistes» rend assez bien compte de la violence que purent atteindre ces polémiques, dont l'enjeu, s'il a changé ces dernières années, n'est pas complètement éteint. Dans un tel contexte historiographique, le cas de la sigillée a soulevé de nombreuses discussions : l'ampleur des productions et des diffusions, le déplacement géographique des centres de productions appelaient des explications et semblait a priori soutenir l'hypothèse moderniste. Les liens qui pouvaient exister aussi entre les propriétaires de ces ateliers et la classe politique dirigeante furent aussi discutés dans le cadre du débat : réussir à identifier les propriétaires des ateliers avec les élites politiques romaines, c'était clairement faire de ces dernières une classe sociale accaparant les moyens de production et le pouvoir politique, et par conséquent la rapprocher de la bourgeoisie de l'époque moderne. Le débat on le voit ne pouvait pas non plus complètement éviter d'être influencé par des considérations politiques propres à l'histoire du vingtième siècle ainsi qu'à la place du marxisme dans cette histoire.

La question des propriétaires des officines

T. P. Wiseman[23] a suggéré que des familles sénatoriales avaient des intérêts dans la fabrication et le commerce des céramiques arétines. Les noms de certains potiers renvoient en effet aux noms de sénateurs connus à la fin de la république, ainsi le potier T. Rufrenus porte un nom rare qui est aussi celui d'un officier servant sous les ordres de Lépide en -43 en Narbonnaise. De même le potier C. Vibienus renverrait au sénateur C. Vibienus, adversaire du tribun de la plèbe Clodius Pulcher. Ces deux familles sénatoriales auraient eu des possessions dans la région d'Arezzo et auraient investi en conséquence dans la production des céramiques. Il faut remarquer qu'en dépit de leur caractère «industriel» les métiers de l'argile – fabrication de céramiques, d'amphores, de tuiles et de briques – et leur lieu d'exploitation, les figlinæ, sont reconnus par les Romains comme des activités dérivées directement de l'agriculture. Il ne s'agit par conséquent pas de commerce ou d'artisanat, activité qui peut nuire à la dignité et qu'un sénateur ne peut diriger directement, mais de la bonne gestion de son patrimoine familial. Les identifications proposées par Wiseman ont cependant soulevé les réserves de Moses Finley.

Typologie, décors et signatures de potiers

L'identification et l'étude des céramiques sigillée repose sur leur typologie élaborée à partir de leur forme, de leur décor, des informations qu'elles peuvent porter (estampilles), d'analyses archéométrique. La réalisation de répertoires de forme fut une des premières étapes de leur étude. Pour désigner une forme spécifique on utilise les typologies élaborées depuis le XIXème siècle : une forme est par conséquent fréquemment désignée par le nom du savant qui l'a le premier intégrée à une typologie et par le numéro de cette forme dans cette typologie : on peut ainsi parler de forme Dragendorff 47 ou de forme Déchelette 72 à partir des noms d'Hans Dragendorff et de Joseph Déchelette qui furent les premiers à dresser des catalogues typologiques de sigillées. Ces typologies ont été complétées, revues et corrigées au fur et à mesure des découvertes[24].

Voir aussi

Notes et références

  1. D. Atkinson, «A hoard of samian ware from Pompei», JRS, 4, 1914, p.  27-64
  2. J. Déchelette, Les vases céramiques ornés de la Gaule romaine (Narbonnaise, Aquitaine et Lyonnaise) , Picard, Paris, 1904
  3. R. Delage, «P-33 : un nouvel ensemble stylistique sur sigillée moulée de Lezoux (Puy-de-Dôme)», RACF, 39, 2000, p.  113-136 ici p.  114-118 pour un rapide bilan historiographique de la question
  4. M. Picon, «Les modes de cuisson, les pâtes et les vernis de la Graufesenque : une mise au point», dans M. Genin et A. Vernhet, Céramiques de la Graufesenque et autres productions d'époque romaines. Nouvelles recherches. Hommages à Bettina Hoffmann, Montagnac, éditions Monique Mergoil, 2002, p.  148-151.
  5. C. Mennessier-Jouanet, «Un four de potier de La Tène Finale à Lezoux (Puy-de-Dôme)», RACF, 30, 1991, p.  113-126.
  6. A. Delor Ahü, «Consommation et production : remarques sur les stratégies du commerce de la céramique sigillée du centre de la Gaule durant le Haut-Empire», Pallas, 66, 2004, p.  84
  7. A. Delor Ahü, «Consommation et production : remarques sur les stratégies du commerce de la céramique sigillée du centre de la Gaule durant le Haut-Empire», Pallas, 66, 2004, p.  86-87
  8. H. Vertet, «Influence des céramiques italiques sur les ateliers arvernes au début du 1er siècle», RACF, 7-1, 1968, p.  23-34
  9. A. Delor Ahü, «Consommation et production : remarques sur les stratégies du commerce de la céramique sigillée du centre de la Gaule durant le Haut-Empire», Pallas, 66, 2004, p.  87
  10. M. Vichy, M. Picon, H. Vertet, «Note sur la composition des céramiques du IVe siècle de Lezoux», RACF, 9-3, 1970, p.  243-250
  11. F. Mayet, «Les sigillées hispaniques : un état de la question», dans Céramiques hellénistiques et romaines (Annales littéraires de l'Université de Besançon, 242, Paris, 1980, p.  281-300
  12. E. W. Haley, «Roman elite involvement in commerce : the case of the Spanish TT. Mamilii», Archive Espanol de Arqueologia, Ixi (1988), p.  141-156.
  13. M. Sotomayor, «Andujar (Jaén), centro de produccion y explotacion de sigillata a Mauritania», NAH Arq. 1, 1972, p.  263-289
  14. M. Sotomayor, «Centro de produccion de sigillata de Andujar (Jaén)», CNA XII, (Jaén 1971) , Saragosse, 1973, p.  . 689-698
  15. M. Sartre, 1997
  16. C. Bémont, «L'écriture à La Graufesenque (Millau, Aveyron)  : les vaisselles sigillées inscrites comme sources d'information sur les structures professionnelles.», Gallia, 61, 2004, p.  103-131
  17. M. Picon, «Les modes de cuisson, les pâtes et les vernis de la Graufesenque : une mise au point», dans M. Genin et A. Vernhet, Céramiques de la Graufesenque et autres productions d'époque romaines. Nouvelles recherches. Hommages à Bettina Hoffmann, Montagnac, éditions Monique Mergoil, 2002, p.  139-163
  18. M. Picon, «Les modes de cuisson, les pâtes et les vernis de la Graufesenque : une mise au point», dans M. Genin et A. Vernhet, Céramiques de la Graufesenque et autres productions d'époque romaines. Nouvelles recherches. Hommages à Bettina Hoffmann, Montagnac, éditions Monique Mergoil, 2002, p.  151
  19. M. Picon, «Les modes de cuisson, les pâtes et les vernis de la Graufesenque : une mise au point», dans M. Genin et A. Vernhet, Céramiques de la Graufesenque et autres productions d'époque romaines. Nouvelles recherches. Hommages à Bettina Hoffmann, Montagnac, éditions Monique Mergoil, 2002, p.  155
  20. A. Vernhet, «Un four de la Graufesenque (Aveyron)  : la cuisson des vases sigillés», Gallia, 39-1, 1981, p.  25-43
  21. D. Schaad, «Le "grand four" de la Graufesenque et un four à sigillées de Montans : étude comparative», Aquitania, 23, 2007, p.  171-183
  22. M. Picon, A. Vernhet, «Les particulièrement grands fours à sigillées en Gaule, et surtout à La Graufesenque : observations techniques», SFECAG, Actes du congrès de l'Escala-Empuriès, 2008, p.  553-566
  23. T. P. Wiseman, «The potteries of Vibienus and Rufrenus at Arretium», Mnemosyne, XVI, 1963, p.  275-283.
  24. Voir par exemple C. Gendron, «Une forme mythique de sigillée : la forme 73 de Déchelette». RACF, 10-3-4, 1971, p.  303-306

Bibliographie

Liens externes

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