Néolithique

Le Néolithique est une période de la Préhistoire marquée par de profondes mutations techniques et sociales, liées à l'adoption par les groupes humains d'une économie de production fondée sur l'agriculture...


Catégories :

Néolithique - Protohistoire

Définitions :

  • de 7 000 à 2 000 ans av. JC, âge de la Pierre polie. (source : jpb-imagine)
  • {Du gr. neos, nouveau, et lithos, pierre}. Période de mutations majeures dans l'évolution des sociétés humaines, correspondant à la domestication des plantes et des animaux, à la sédentarisation, à la fabrication de la céramique, au polissage des outils en pierre dure.... (source : 2terres.hautesavoie)
  • dernière période de la préhistoire pendant laquelle les Hommes deviennent des agriculteurs selon les régions du monde, elle débute et finit à des dates différentes (source : archeologies.free)

Le Néolithique est une période de la Préhistoire marquée par de profondes mutations techniques et sociales, liées à l'adoption par les groupes humains d'une économie de production fondée sur l'agriculture et l'élevage, et impliquant le plus fréquemment une sédentarisation. Les principales innovations techniques sont la généralisation de l'outillage en pierre polie et de la poterie en céramique. Ces mutations sont telles que certains auteurs considèrent le Néolithique comme le début de la Protohistoire[1].

Dans certaines régions, ces importantes mutations sont assez rapides et certains auteurs ont pu parler de «révolution néolithique» (cf. infra). La néolithisation est cependant un phénomène progressif, survenu à des dates différentes selon les régions. Au Proche-Orient, le Néolithique commence autour de 9 000 ans av. J. -C. Il prend fin avec la généralisation de la métallurgie et l'invention de l'écriture, autour de 3 300 ans av. J. -C.

Apparition du concept et définition

Hache polie en diorite – Environs de Reims France – Collection d'Alexis DamourMuséum de Toulouse

Le mot «Néolithique» (du grec νέος, néos, nouveau, et λίθος, líthos, pierre) veut dire littéralement «nouvelle pierre». Ce terme a été proposé en 1865 par le préhistorien John Lubbock[2]..

Le Néolithique a aussi été fréquemment qualifié d'«âge de la pierre polie» dans la mesure où il est marqué par la systématisation du polissage de certains outils de pierre. Il convient cependant de souligner que le polissage est déjà connu au Paléolithique supérieur même s'il est particulièrement rare. D'autre part, les outils polis ne sont pas les seuls utilisés au Néolithique et le polissage suit toujours une phase de façonnage par percussion.

La définition d'origine, fondée sur une innovation technique, a progressivement cédé la place à une définition socio-économique : au Néolithique, les groupes humains n'exploitent plus exclusivement les ressources naturellement disponibles mais commencent à en produire une partie. La chasse et la cueillette continuent à apporter une part substantielle des ressources alimentaires mais l'agriculture et l'élevage jouent un rôle de plus en plus important. L'agriculture implique le plus fréquemment l'adoption d'un habitat sédentaire et l'abandon du nomadisme des groupes de chasseurs-cueilleurs paléolithiques et mésolithiques.

Cette mutation a fréquemment été présentée comme un affranchissement vis-à-vis des contraintes environnementales : les groupes humains contrôleraient l'environnement et seraient à l'abri des disettes liées aux aléas climatiques. La néolithisation conduirait à une véritable explosion démographique. Les travaux d'ethnologues tels que Marshall Sahlins incitent à relativiser ces points de vue : une économie basée sur l'agriculture implique fréquemment un surcroît de travail et l'abondance des récoltes reste dépendante des conditions climatiques[3]. La forte croissance démographique liée à l'adoption de l'agriculture reste avant tout théorique et difficilement démontrable scientifiquement.

La «révolution néolithique»

Article détaillé : révolution néolithique.

L'expression «révolution néolithique» a été introduite par l'archéologue australien Vere Gordon Childe[4], [5], [6]. Elle fait référence à un changement radical et rapide, marqué par le passage d'une économie de prédation (chasse, cueillette) à une économie de production (agriculture, élevage) [7].

Cette hypothèse d'un changement rapide, si elle est toujours beaucoup discutée par les préhistoriens, s'oppose actuellement à la théorie d'une évolution plus progressive[8], [9]. En effet, l'adoption de l'agriculture ne s'avère pas aussi rapide qu'on pouvait le croire durant la première moitié du XXe siècle. Qui plus est , elle n'est ni synchrone à l'échelle des différents continents, ni universelle. Les premiers agriculteurs exploitaient toujours les ressources naturelles et certains groupes ont conservé une économie de chasseur-cueilleur jusqu'à nos jours. Il existe aussi des exemples de groupes de pasteurs nomades. L'adoption d'une économie de production semble être un phénomène progressif, initié selon certains auteurs dès le début du Mésolithique[10].

Si la néolithisation est une des étapes majeures de l'aventure humaine, tout comme la domestication du feu ou la révolution industrielle, le fait de la qualifier de révolution a été critiqué étant donné que l'adoption des innovations qui la caractérisent n'est ni brutale, ni simultanée [7].

Chronologie

Chèvre domestique

La chronologie du Néolithique est spécifiquement délicate à établir dans la mesure où elle change suivant les régions du monde et suivant les critères de définition qu'on retient. Plutôt qu'une époque, le Néolithique est reconnu par certains auteurs comme un stade culturel défini par un ensemble de traits techniques, économiques et sociaux [7].

Il existe cependant un consensus assez large pour reconnaître qu'un des foyers de néolithisation les plus anciens se situe dans le croissant fertile, au Moyen-Orient. Vers la fin du IXe millénaire av.  J. -C. , les groupes humains, déjà en partie sédentaires, commencent à y domestiquer les animaux (mouton, chèvre) et les plantes (blé, orge suivis de légumineuses). Au début du VIIe millénaire av.  J. -C.  : fabrication de poteries et pratique du tissage.

Les nouvelles connaissances et les nouvelles pratiques qui caractérisent le Néolithique du Proche-Orient vont progressivement gagner l'Europe de l'Ouest et le pourtour de la Méditerranée à partir de 6 500 av. J. -C. Elles suivent différentes voies et différents moyens de propagation, qu'il s'agisse de diffusion des pratiques ou de migrations de populations.

D'autres foyers de domestication des plantes et des animaux :

Variétés péruviennes de maïs

La datation de la fin du Néolithique est aussi problématique. Si on ne considère que la période chronologique, elle prend fin avec le développement de l'utilisation technique des métaux et le début de l'âge du bronze, soit vers 2 100 av. J. -C. en Europe occidentale. Le Chalcolithique est une période intermédiaire marquée par l'émergence du travail de certains métaux (cuivre, or, argent) mais toujours rattachée au Néolithique par de nombreux aspects (industrie lithique et osseuse, céramique, mégalithisme).

Le Néolithique dans le monde

Article détaillé : Groupes du Néolithique en France.

Innovations techniques

Haches polies découvertes dans le dépôt de Bernon (Arzon, Morbihan).
Ces pièces de grandes dimensions (15 à 28 cm) datent du Ve millénaire av.  J. -C. . Certaines sont en fibrolite locale, d'autres sont en roches vertes alpines et ont certainement été obtenues par échange.

Pierre polie

Hache en pierre partiellement polie : la phase de façonnage est toujours perceptible

La technique du polissage est utilisée dès le Paléolithique supérieur pour le travail des matières dures animales (os, bois, ivoire) mais également, plus rarement, de la pierre, surtout au Japon. Elle est aussi attestée ponctuellement dans des sociétés de chasseurs-cueilleurs, comme dans le Mésolithique de la plaine russe ou chez les aborigènes d'Australie.

Cependant la généralisation du polissage n'intervient qu'au Néolithique avec le développement des travaux de défrichage liés à l'agriculture. Cette technique permet en effet d'obtenir des haches et des herminettes aux tranchants réguliers et particulièrement résistants, qui pourront trancher les fibres du bois sans s'esquiller. Il est important de souligner que le polissage n'est que la dernière étape de la fabrication de la lame de hache et qu'elle intervient après un façonnage le plus souvent bifacial.

Les outils de pierre polie sont réalisés à partir de roches dures (silex) ou de roches vertes tenaces, éruptives (basaltes, dolérites…) ou métamorphiques (amphibolites, éclogites, jadéites…). Les roches tenaces sont quelquefois travaillées par sciage ou bouchardage avant d'être polies. Le polissage s'effectue par frottement sur un polissoir dormant ou mobile (grès, granite, silex…) [11], [12].

L'archéologie expérimentale a permis de montrer que le rendement du polissage à la main était de l'ordre de 5 à 20 g par heure, soit jusqu'à une vingtaine d'heures de travail pour certaines grandes haches. Dans ces conditions, il peut paraître étonnant que le polissage s'étende à toute la surface de l'outil et pas uniquement la zone active. Le soin apporté à la confection des outils polis n'a par conséquent pas uniquement des motivations techniques mais également esthétiques et sociales. Ce dernier point est appuyé par des études réalisées en contexte ethnographique[13].

Parallèlement au polissage, d'autres méthodes sont développées pour produire des outils et des armes de chasse. C'est le cas du débitage par pression, qui permet d'obtenir des lames et des lamelles particulièrement régulières. La retouche par pression, employée dans le Solutréen mais également bien plus tôt (75 000 ans[14]), revêt une grande importance au Néolithique pour la finition de certaines armatures telles que les pointes de flèches à pédoncule et ailerons.

Céramique

Poterie du Jōmon naissant, à peu près 10 000 à 8 000 ans av. J. -C.

La céramique est fréquemment reconnue comme une invention des groupes humains du Néolithique. L'utilisation de terre cuite à des fins non utilitaires est cependant attestée dès le Paléolithique supérieur, surtout pour la réalisation de certaines Vénus gravettiennes[15]. Des figurines animales en terre cuite particulièrement anciennes sont aussi connues dans les sites ibéromaurusiens d'Afrique du Nord, dont l'âge est estimé à 20 000 ans BP.

La poterie (au sens originel de fabrication de récipients en terre cuite) fait son apparition chez plusieurs groupes de chasseurs-cueilleurs en voie de néolithisation en Russie, en Scandinavie et en particulier au Japon, durant la période Jōmon. La poterie Jōmon apparaît entre 15 000 et 12 000 ans av. J. -C. [16]

Céramique linéaire du Rubané

Elle a aussi été découverte indépendamment et assez anciennement au Proche-Orient : elle est attestée à Ganj-i Dareh (Iran) vers 7 000 ans av. J. -C., à Tell Mureybet[17] (Syrie) entre 7 000 et 8 000 ans av. J. -C. Il s'agit cependant d'une invention en partie sans lendemain dans la mesure où il existe en Syrie et en Palestine un Néolithique précéramique qui perdure jusqu'au début du VIe millénaire av.  J. -C.

Expansion néolithique de la Culture cardiale et de la Culture rubanée en Europe

La céramique est définitivement adoptée autour de 6 000 ans av. J. -C. en Syrie ; elle est attestée à Jarmo (Irak) vers 5 400 av. J. -C. et peu après en Asie mineure, dans les Balkans puis en Méditerranée occidentale. L'invention de la céramique est une étape majeure dans le développement des techniques humaines : c'est un matériau dont la transformation est irréversible. En effet, on ne peut pas obtenir de nouvelle argile à partir d'une terre cuite, car la structure moléculaire en a été irrémédiablement modifiée, tandis que les outils en métal, même des alliages, peuvent à nouveau apporter les métaux qui les forment.

La céramique est aussi une source d'information précieuse pour les archéologues : elle est à la fois assez simple à fabriquer et assez fragile, tout en se conservant le plus souvent bien. Elle va par conséquent se renouveler et évoluer rapidement, donnant lieu à d'innombrables variantes en termes de formes et de décors, et ainsi servir de marqueur des différents courants culturels du Néolithique.

Âge des métaux

La fin du Néolithique est aussi marquée par l'émergence de la métallurgie. Au Chalcolithique, le cuivre mais également l'or et l'argent sont travaillés avec techniques simples telles que le martelage : à ce stade, les métaux sont utilisés à l'état natif, plus comme des pierres malléables que comme des métaux. Les techniques de transformation évolueront ensuite avec la découverte de la fusion puis des alliages, lors du passage à l'Âge des métaux.

Débuts de l'agriculture et changements dans la société

Articles détaillés : Origines de l'agriculture et Domestication.

L'apparition de l'agriculture est l'une des innovations néolithiques les plus lourdes de conséquences au niveau de l'organisation sociale. La sédentarisation a longtemps été reconnue comme une conséquence de l'agriculture ; il est désormais acquis qu'elle l'a au contraire précédée, surtout au Natoufien. Le climat spécifiquement favorable du croissant fertile permettait à des groupes de chasseurs-cueilleurs d'assurer leur subsistance grâce aux abondantes céréales sauvages de la région[18]. La pression démographique aurait conduit ces groupes à s'étendre vers des régions moins favorables où il était indispensable de prendre soin des céréales et des légumineuses pour en tirer pleinement parti[19].

Pour J. Cauvin, l'explication de la naissance de l'agriculture ne peut cependant se résumer à des pressions environnementales ou démographiques mais est plus probablement socio-culturelle. Pour la première fois, les groupes humains ne se scindent pas quand ils atteignent le seuil critique au-delà duquel des tensions internes apparaissent : l'agriculture serait une solution pour créer de nouveaux rapports sociaux[20], [21].

Il est peu probable qu'il existe une explication unique à l'adoption de l'agriculture dans les différents foyers de néolithisation à travers le monde : le mil est domestiqué au Sahara, l'orge, le blé et l'engrain au Moyen-Orient, le millet (Setaria italica) dans le bassin du Fleuve Jaune, le riz dans le bassin du Yangzi Jiang en Chine, des plantes à tubercule en Asie du Sud-Est , le sorgho au Sahel, etc. Le radoucissement climatique consécutif à la fin de la Dernière Glaciation facilite la croissance des plantes, et la réussite de cette stratégie de subsistance. La chasse et la pêche sont cependant toujours longtemps utilisées parallèlement à la culture ainsi qu'à l'élevage.

Si le chien a été domestiqué vers 10 000 ans av. J. -C. en Europe du Nord-Ouest par des chasseurs-cueilleurs, au Néolithique les animaux commencent à être domestiqués pour leur viande, mais également pour leurs productions complémentaires (lait, laine, cuir)  ; l'utilisation de leur force de travail, comme animaux de trait, de bât ou de selle, intervient plus tardivement. Le choix se porte sur quelques espèces, les plus dociles ou les plus prisées. Au tout début du Néolithique, il est bien entendu fréquemment particulièrement délicat de déterminer si des restes osseux appartiennent à un animal sauvage ou domestique, tant ils sont toujours proches. Les dates de domestication des différentes espèces sont par conséquent sujettes à de nombreux débats (voir dates et lieux de domestication).

Apparition de la hiérarchisation, de la guerre et des États

La naissance du stockage des aliments et la constitution de réserves ont eu pour effet indirect un début d'hiérarchisation de la société, avec la mise en place progressive d'une classe de guerriers pour protéger les champs et les réserves de la convoitise des groupes voisins. Le niveau supérieur de l'hypogée de Roaix (Vaucluse), daté de 2 090 ± 140 av. J. -C., a livré les squelettes imbriqués d'une quarantaine d'individus, hommes, femmes ou nouveau-nés, dont certains présentaient des pointes de flèches fichées dans les os du bassin ou au milieu du thorax : il s'agit de l'une des plus anciennes preuves d'inhumation collective suite à un massacre et de l'un des premiers témoignages de guerre[22], [23].

La gestion des travaux de la terre faits en commun, celle des réserves de grain, la direction de la défense du territoire contre les voisins dans un monde devenu trop plein, tout ceci conduit à la naissance d'administrations et d'États.

Sédentarisation et apparition des premières villes

Comme évoqué auparavant, dans certaines régions la sédentarisation a précédé la découverte de l'agriculture, quand l'environnement apportait une subsistance suffisante tout au long des saisons. D'autre part, celle-ci n'entraîne pas forcément la sédentarisation complète, certains groupes de pasteurs étant aussi nomades. Il existe aussi, en Inde et en Amazonie, des exemples de groupes d'agriculteurs nomades qui ne restent sur un territoire donné que le temps d'une récolte.

Mais l'agriculture impose le plus souvent de se fixer de quelques mois, le temps de faire les récoltes, à quelques années, le temps que la terre s'épuise. Des constructions durables apparaissent, en torchis et en pierre, remplaçant les huttes de peaux des chasseurs-cueilleurs. Lorsque ces constructions se regroupent, naît alors le village. L'une des plus anciennes agglomérations est celle de Jéricho : les premières constructions de pierre y sont datées d'environ 9 000 ans av. J. -C. Elles sont un peu antérieures à celles de Jarmo et de Khirokitia, à Chypre. L'agglomération de Çatal Hüyük, en Turquie, est l'exemple le plus éclatant d'une sédentarisation aboutie : extension sur 12 hectares, maisons à un étage en briques crues, toits en terrasses, peintures murales, il y a à peu près 8 500 ans. Étant donné qu'elle ne présente pas de véritable plan urbanistique, il convient cependant de la considérer comme un grand village plutôt que comme une ville ou une proto-ville.

Un village néolithique de palaffittes reconstitué près de Constance en Suisse

La fin du Néolithique en Europe est aussi réputée pour ses «cités lacustres», qui ont déchaîné l'imagination des préhistoriens du début du XXe siècle. Il apparaît que si certaines habitations étaient quelquefois édifiées sur pilotis, le plus fréquemment elles étaient construites en bordure de lacs et n'ont été submergées que énormément plus tard. Ces sites sont caractérisés par une conservation exceptionnelle des matériaux organiques. L'un des plus célèbres est celui localisé au bord du lac de Chalain dans le Jura.

L'art

Combat d'archers dans un abri de Morella, Espagne.

L'art néolithique est extrêmement diversifié dans ses expressions. Les préoccupations esthétiques au Néolithique s'expriment à travers la décoration des objets utilitaires (céramique, haches polies) mais également par la réalisation de sculptures, de parures et d'œuvres rupestres.

Il existe de grandes différences régionales. En Europe, l'art figuratif est fréquemment bien plus schématique et moins réaliste que l'art animalier du Paléolithique. L'art néolithique du Sahara allie des représentations animales particulièrement réalistes et des figures anthropomorphes fréquemment schématiques.

Article détaillé : Art néolithique.
Détail de peintures rupestres du Tassili datant d'environ 3 000 ans av. J. -C.

L'art néolithique vu par Élie Faure

Le passage du Paléolithique au Néolithique nous est raconté, du point de vue artistique, par un des plus grands auteurs d'histoire de l'art, Élie Faure. «Au début, tout, pour le primitif, est naturel, et le surnaturel n'apparaît qu'avec le savoir», nous dit-il.

Mais la religion estompe l'art pour établir sa supériorité. C'est probablement ce qui arrivera au Néolithique, à peu près 6 000 ans après l'engloutissement, sous les eaux du déluge, de la civilisation du renne. Des changements climatiques interviennent, la planète à nouveau se réchauffe, les glaciers fondent et les eaux montent.

Lorsque enfin de nouvelles conditions climatiques se stabilisent et que renaît la civilisation, c'est sous une autre forme. Celle du chasseur de renne est morte à jamais. Nous sommes au Néolithique, l'homme est plus agriculteur que chasseur. Graines et animaux sont domestiqués, les tribus reconstituées se sédentarisent, les premières grandes cités apparaissent au Moyen-Orient et en Asie mineure.

Figurine anthropomorphe, Grèce

Voici surgir l'aube d'une nouvelle civilisation, «glacée par une industrie plus positive, une vie moins puissante, une religion déjà détournée de la source naturelle», dit Élie Faure. «Une civilisation à tendance scientifique prédominante», n'est-ce pas déjà la nôtre ?

Les belles formes mouvantes peintes sur les parois des cavernes du Paléolithique disparaissent à jamais. Dans ce monde de la pierre polie qui succède à celui de la pierre simplement éclatée déjà se profile le rationalisme du futur âge industriel. Il y a comme une marque de réprobation et certainement d'interdiction religieuse dans ce tabou vis-à-vis des formes humaines et animales. La religion nouvelle, hormis à faire naître tout autant de dieux que d'hommes, se base sur l'astronomie davantage que sur la vie. L'esprit est tout, la forme dédaignée, avant d'être maudite parce qu'on y voit quelque «mauvais esprit» ou «mauvais œil», obstacle à la libération morale à venir au cours des millénaires jusqu'à nous, héritiers directs du Néolithique.

Alignement du quadrilatère du Manio, près de Carnac, France

«Une silhouette de mammouth à demi effacée sur la paroi d'une caverne nous en dit plus sur l'esprit de l'homme qui l'y a gravée en quelques heures, qu'une plaine couverte de mégalithes sur des foules qui ont mis des siècles à les dresser», dira Élie Faure.

Génétique

En janvier 2010, dans une étude scientifique financée par le Wellcome Trust sur la diversité génétique des populations modernes, des chercheurs de l'université de Leicester au Royaume-Uni ont étudié des échantillons de toute l'Europe, dont des Français de plusieurs régions (Finistère, Pays basque, Vendée, Haute-Garonne... ). Ils ont établi que 80% des lignées génétiques masculines des Européens, sont issues des agriculteurs qui sont arrivés du Proche-Orient il y a entre 5 000 et 10 000 ans. Par opposition, la majorité des lignées génétiques maternelles semblent provenir des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique[24], [25], [26], [27].

Notes et références

  1. Marcel Otte, La Protohistoire, De-Bœck / 2008, p. 8 à 11, ISBN 976-2-8041-5923-8
  2. J. Lubbock, 1865, Prehistoric Times, Londres, Williams and Norgate.
  3. M. Sahlins, 1972, Âge de pierre, âge d'abondance. Économie des sociétés primitives (1976 pour la traduction française), ISBN 2-07-029285-1
  4. V. Gordon Childe, 1925, The Dawn of European Civilization, Londres.
  5. V. Gordon Childe, 1929, The Danube in Prehistory, Oxford.
  6. V. Gordon Childe, 1936, Man Makes Himself, London, Watts & Co., 274 p.
  7. J. Leclerc et J. Tarrête (1988) «Néolithique», in : Dictionnaire de la Préhistoire, Leroi-Gourhan, A., Éd., PUF, p. 773-774.
  8. Dan Semenescu, Apparition des formes urbaines : institutions symboliques et structures matérielles au Sud-est de l'Europe, Zeta Books, 2008
  9. Önhan Tunca, La «révolution» néolithique, Bulletin de la Société Royale des Sciences de Liège, vol. 73, 4, 2004, pp. 211-223
  10. Lewis Mumford [réf.  nécessaire]
  11. J. Pelegrin, 1988, «Polissage», in : Dictionnaire de la Préhistoire, Leroi-Gourhan, A., Éd., PUF, p. 773-774.
  12. P. Pétrequin et Ch. Jeunesse (dir. ), 1995, La hache de pierre : carrières vosgiennes et échanges de lames polies au cours du Néolithique (5400 - 2100 av. J. -C. ) , Paris, Errance, 132 p.
  13. P. Pétrequin et A. -M. Pétrequin, Écologie d'un outil : la hache de pierre en Irian Jaya (Indonésie) , Paris, CNRS, Monographies du CRA 12, 1993.
  14. Mourre V, Villa P, Henshilwood CS, Early use of pressure flaking on lithic artifacts at Blombos cave, South Africa, Science, 2010 :330;659-662
  15. H. Delporte, 1993, L'image de la femme dans l'art préhistorique, Éd. Picard, ISBN 2-7084-0440-7
  16. M. N. De Bergh (1988) «Jomon (complexe culturel)», in : Dictionnaire de la Préhistoire, Leroi-Gourhan, A., Éd., PUF, p. 561-562.
  17. J. Cauvin, 1977, Les fouilles de Mureybet (1971-1974) et leur signification pour les origines de la sédentarisation au Proche-Orient, Annuals of the American School of Oriental Research, 44, p. 18-48.
  18. (en) J. R. Harlan, 1967, «A wild harvest in Turkey», Archæology, t. 20, p. 197-201.
  19. (en) K. V. Flannery, The ecology of early food production in Mesopotamia, Science, t. 147, p. 1247.
  20. J. Cauvin, 1994, Naissance des divinités, naissance de l'agriculture : la révolution des symboles au Néolithique, (réédité par Flammarion, collection "Champs", 1998, ISBN 2-08-081406-0)
  21. J. Cauvin, 1978, Les premiers villages de Syrie-Palestine du IXe au VIIe millénaire av.  J. -C. , Lyon, Maison de l'Orient méditerranéen.
  22. J. Courtin, 1974, Le Néolithique de la Provence, Paris, Mémoires de la Société Préhistorique Française, t. 11, 359 p.
  23. «Des Pierres et des morts», passage d'une interview de J. Courtin consacré à l'hypogée de Roaix.
  24. Balaresque et al. 2010, A Predominantly Neolithic Origin for European Paternal Lineages
  25. Most Britons descended from male farmers who left Iraq and Syria 10, 000 years ago, Daily Mail, 20 janvier 2010
  26. Most European males'descended from farmers', BBC News, 20 janvier 2010
  27. Commission européennes Cordis

Annexes

Liens externes


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